La communication avec autrui – l’art de vivre ignatien

Le « week-end communautaire de la CVX LU » qui a eu lieu à Clairefontaine du 8 au 9 octobre 2016 portait sur le thème : « Moi c’est moi et toi c’est toi ?! – le défi de nos différences ».
De nombreuses impulsions (exercices, expériences, topos, méditations, partages etc.) nous ont permis de nous approcher de ce thème et de l’approfondir.
Le topo donné par notre assistant ecclésiastique national a fourni des repères ignatiens intéressants et utiles. Des textes illustrant son propos ont servi à l’échange d’après la méthode des "Groupes de lecture communautaire". (voir choix de textes en bas du topo).

Der Implulsvortrag (auf Luxemburgisch) unseres kirchlichen Assistenten mit den Texten (auf Deutsch), die die verschiedenen Aspekte beleuchten, steht auf Den Ëmgang matenaner – ignatianesch Liewenskonscht

De lëtzebuergeschen Virtrag an di däitsch Texter, déi di verschidden Aspekter illustréieren, stinn op Den Ëmgang matenaner – ignatianesch Liewenskonscht

Dans son récit autobiographique, saint Ignace rapporte une de ses premières rencontres après sa guérison et sa conversion à Loyola – une rencontre malencontreuse qui a failli très mal se terminer ! Il est en route sur sa mule en direction de Montserrat quand il rejoint un musulman converti, comme il y en avait des milliers en Espagne à cette époque. Une conversation s’engage qui tourne rapidement autour de la Vierge Marie et de sa virginité. L’ancien musulman a ses problèmes avec ce point de la foi catholique et Inigo essaie par tous les moyens et avec l’ardeur du nouveau converti de défendre la doctrine de l’Eglise. Son interlocuteur semble alors prendre peur, puisqu’il s’éloigne rapidement, laissant le chevalier ardent de Notre-Dame dans l’incertitude : doit-il vite rejoindre l’homme et lui apprendre le respect de la mère de Dieu, fût-ce par la force du poignard, ou alors en rester là ? Comme il ne sait que faire, en arrivant à un carrefour, il laisse le choix à sa mule : si elle poursuit dans la même direction que le musulman, il y verra un signe de Dieu qu’il doit aller le combattre au poignard, sinon il continuera sa route. Heureusement pour tout le monde, la mule choisit l’autre chemin et Ignace y reconnaît la volonté de Dieu…

Nous pouvons sourire devant tant de naïveté, et Ignace n’a pas manqué de le faire en rapportant l’épisode à ses compagnons, mais nos rencontres et entretiens ne se passent-ils pas parfois selon un schéma semblable ? Au début, on est ouvert, plein de bonne volonté et de tolérance et puis la situation se renverse : il n’y plus d’échange véritable, mais seulement des fronts immobiles que chacun défend coûte que coûte. La communication est un art qu’Ignace, lui aussi, a mis du temps à apprendre tout au long de sa vie ! Mais il a tellement bien appris que nous pouvons profiter de ses enseignements encore aujourd’hui. Qu’est-ce qu’Ignace a donc à nous dire sur la communication avec autrui ? Je voudrais d’abord vous exposer les 7 règles de la communication telles que Willi Lambert [1] les a actualisées en se fondant sur l’instruction d’Ignace à ses compagnons jésuites envoyés au concile de Trente. Dans une 2e partie, j’aimerais relever 6 attitudes fondamentales qui sont à la base d’une bonne communication chrétienne et ignatienne, toujours d’après W. Lambert.

1. Les 7 règles de la communication

Pour le jeune ordre des jésuites, la participation de trois des leurs au concile était un grand honneur, mais aussi un défi et un risque. Il s’agissait de traiter avec des cardinaux et des évêques pas toujours à la hauteur de la situation dans ce débat difficile avec le protestantisme et dans la recherche d’un nouvel élan pour l’Eglise catholique. C’est pour cela qu’Ignace rédige toute une instruction pour aider ses compagnons, tout en les laissant libres d’appliquer sur place ce qu’ils trouveraient juste et approprié (!).

En 1er lieu, Ignace invite ses confrères à considérer tout entretien comme précieux et important. Toute communication est à la fois un don de Dieu et un devoir pour tous ceux qui y participent. Aussi convient-il d’être vigilant et plein d’attention, de bien se préparer intérieurement et objectivement pour chaque entretien. Il arrive bien trop vite que quelque chose d’important nous échappe, que notre écoute est trop superficielle ou que l’on a mal compris l’autre. Et on est tenté bien trop vite d’imposer à l’autre notre point de vue, ce qui tue dans l’œuf toute communication. Déjà dans les Exercices Spirituels, Ignace conseille à l’accompagnateur de toujours essayer de voir ce qui est juste et bon dans ce que le retraitant lui confie et de vérifier éventuellement s’il l’a bien compris. Une attitude positive (« a priori favorable ») doit être de mise plutôt que de mettre en question l’autre ou de sous-entendre des choses qui relèvent de mes convictions et opinions, pas de celles de mon interlocuteur.

En 2e lieu : C’est pourquoi il faut prendre du temps et garder le calme pour un entretien, surtout quand les sujets traités sont compliqués. Ignace invite donc ses confrères à parler lentement, de manière réfléchie et avec amour, donc de ne pas inonder l’autre avec ses propres idées. Parfois, on a l’impression dans un entretien que les gens ne réfléchissent qu’en s’écoutant parler, ce qui rend très problématique un échange fructueux. Si je veux être compris par mon interlocuteur, je dois réfléchir aux points importants que je veux lui communiquer, le prendre au sérieux comme vis-à-vis et viser la meilleure compréhension possible entre nous, basée sur l’amour et non pas l’affirmation de moi-même en 1er lieu.

La 3e règle, c’est celle de l’écoute attentive : être bien en harmonie avec soi-même et capable d’accueillir l’autre tel qu’il est. Celui qui sait bien écouter ouvre en quelque sorte un espace où l’autre peut être là simplement, où il peut s’articuler et se confier avec ce qui est important pour lui. Quand on est bien calme, on peut prêter attention à ses propres sentiments plutôt que de les projeter sur l’autre de manière irréfléchie. Ce qui peut aider aussi, c’est d’être attentif aux différentes dimensions de la communication : le contenu de l’échange, les émotions éprouvées ou partagées par le vis-à-vis, ses désirs et intentions qu’il n’exprime pas toujours clairement. Est-ce que je comprends bien mon partenaire dans la communication ? Est-ce que je peux ressentir ce qui le motive ? Est-ce que je veux lui répondre maintenant ou plutôt me taire pour mieux réfléchir ?

La 4e règle consiste à écouter sans préjugés, à procéder de manière impartiale et différenciée pour créer une atmosphère de respect mutuel (v. texte Von Nell Breuning). Dans une discussion sur base d’arguments, Ignace conseille à celui qui prend la parole pour défendre une position de toujours donner des raisons pour et contre. Ainsi, il prend l’autre au sérieux et signale qu’il recherche avant tout la volonté de Dieu et non pas d’avoir raison à tout prix et d’imposer son point de vue.

En 5e lieu, il convient d’éviter les arguments d’autorité autant que possible : l’Eglise nous apprend, le Pape Benoît a écrit, le 2e concile du Vatican a décidé, etc. Il s’agit de rester libre dans une discussion et non pas passionné dans le sens d’un manque de liberté, de préjugés, de peurs ou de points de fixation. Déjà saint Paul rappelle aux Corinthiens combien il a toujours essayé d’être « tout à tous » (1 Co 9,19-23) pour amener le plus grand nombre possible sur le chemin de la vie plutôt que d’écraser un adversaire.

La 6e règle veut que l’on dise son point de vue clairement, mais avec modestie. Personne n’est infaillible, même moi ! J’ai le droit d’avoir mon point de vue qui peut aider l’autre à avancer - un vis-à-vis sans colonne vertébrale n’aide personne ! – mais le partage de mon opinion devrait être une participation libre à la conversation, que l’autre peut accepter ou refuser.

Finalement, Ignace invite à prendre du temps, ce qui est toujours d’actualité aujourd’hui ! Le temps est le cadeau le plus précieux que je peux faire à quelqu’un, surtout s’il se confie à moi avec des thèmes et préoccupations très personnels. Plutôt remettre un entretien à plus tard que de vouloir régler une affaire délicate entre deux portes ; cela ne prend pas l’autre au sérieux et génère beaucoup de frustrations ! Pour Willi Lambert, un bon usage du temps est une manière de témoigner du respect vis-à-vis de Dieu, comme vis-à-vis du prochain !
Pour bien appliquer et respecter ces règles, Ignace conseille à ses confrères, tout de même parmi les meilleurs théologiens jésuites de l’époque, de s’y exercer et de vérifier par la relecture quotidienne quel usage ils en font. Cette relecture peut se faire à la fois individuellement et de manière communautaire !

2. Six attitudes fondamentales de la communication

À l’opposé de la communication ratée d’Ignace avec le musulman converti, la 1ère place revient à l’humilité, l’amour et la patience. Malgré tout mon savoir et toutes mes compétences, j’ai quelque chose à apprendre dans chaque rencontre ! Sans l’amour, tout échange, aussi savant soit-il, n’est que « métal qui résonne, une cymbale retentissante » peut-on dire avec saint Paul (1 Co 13,1). Et la patience, c’est « le souffle au long cours de la passion » (Ernst Jüngel). Cela semble évident, mais est-ce que je prends vraiment au sérieux mon interlocuteur ? Mes réactions sont-elles marquées par la bienveillance et la charité, même pour accepter que l’autre ne me comprend pas bien ou ne partage pas mon point de vue ? Il s’agit d’abandonner une attitude égocentrique au profit d’une rencontre vécue dans la charité, comme Jésus l’a fait avec tant de personnes qui sont venues le trouver (v. femme samaritaine en Jean 4).

Le respect  : honorer quelqu’un et respecter sa dignité, le laisser grandir plutôt que d’être guidé par une soif mal ordonnée de reconnaissance et de pouvoir (cf. Jean le Baptiste pour Jésus : « Il faut que lui grandisse et que moi, je diminue » Jean 3,30). Le respect de l’autre est l’attitude par excellence pour toute rencontre et toute communication. Il faut toujours à nouveau s’y exercer et la recevoir de Dieu et des autres comme un don. Il s’agit de voir avec le regard du cœur ce qui est précieux dans l’autre, qu’il s’agisse de Dieu, de personnes, d’autres êtres vivants ou de toute chose créée. Un regard contemplatif est donc de mise qui ne prend pas possession de l’autre, laisse à l’interlocuteur assez d’air pour respirer et ne l’utilise pas pour ses propres fins. Une conversation animée peut parfois ressembler à un pugilat, mais elle ne devrait pas aboutir au k.o. !

L’écoute : le poète allemand Hölderlin a écrit un vers célèbre : « Depuis que nous sommes conversation et savons nous écouter l’un l’autre », et on oublie souvent d’en citer la 2e partie ! En écoutant quelqu’un, j’éveille la vie en lui, je m’ouvre à l’altérité d’un « tu » et j’entre vraiment en communication. Une conversation bienfaisante et équilibrée se met en place quand on parle à partir de l’écoute et quand la parole partagée retourne à nouveau vers l’écoute de l’interlocuteur. Une telle écoute est tout sauf passive, car on s’y dispose activement à l’empathie, on essaie de comprendre et de « digérer » ce qu’on a entendu, ce qui demande beaucoup de patience (v. texte de Roman Herzog).

La confiance est à la base de tout échange ! Sans une confiance mutuelle donnée d’avance, il n’y a pas de communication véritable. Comme il est difficile de s’entretenir avec quelqu’un quand on sent de la méfiance chez lui ! On raconte d’Ignace qu’il a toujours donné des instructions très précises et détaillées à ses confrères qu’il envoyait en mission, mais qu’il leur recommandait toujours d’appliquer librement les moyens qu’il leur proposait et de discerner lesquels étaient les plus adaptés à la situation sur le terrain. En recevant un compagnon de retour de mission, sa 1ère question était non pas : « As-tu fait ce que j’ai ordonné ? », mais : « Es-tu content de ce que tu as pu faire ? » Voilà une confiance vraie, tout à l’opposé d’une attitude servile d’obéissance ou de soumission !

Le respect de l’altérité et l’adaptation à la situation sur le terrain et au caractère des différentes personnes en découlent. Nous en avons un exemple dans l’instruction qu’Ignace donne à ses confrères envoyés en Irlande (v. texte) où il leur enjoint d’agir différemment avec des hommes cholériques ou plutôt flegmatiques, selon le classement des tempéraments alors en vogue. Il s’avère très utile et sensé de comprendre une personne dans sa particularité et de la prendre au sérieux dans son état actuel (santé physique et psychique, situation sociale et professionnelle, différences culturelles, humeur, etc.).

Dire la vérité avec amour : il ne s’agit pas de changer d’opinion en fonction de la personne en face de laquelle je me trouve, mais bien d’exprimer mon point de vue propre et cela avec amour et respect. Un axiome bien connu et souvent mal compris d’Ignace veut que l’on entre par la porte de l’autre pour le faire sortir par la sienne. Ce qui ressemble à une manipulation – ce danger est réel quand on ne se laisse pas guider par la charité – est en fait un conseil très sage. Où se situe le point d’ouverture chez mon interlocuteur ? Où est-ce que je peux le mieux le rejoindre dans ses convictions ? Ce n’est que quand nous avons trouvé ce terrain d’entente que la communication et la relation peuvent se développer. Mais elle ne doit pas en rester là : où est-ce que je pense pouvoir amener mon vis-à-vis pour son bien et sans le restreindre dans sa liberté ? Une telle « rencontre de sagesse » n’est certes pas aisée et ressemble à un exercice d’équilibriste, mais quand elle est menée avec amour et discernement, elle constitue un enrichissement pour chacun !

3. CHOIX de TEXTES illustrant le topo « La communication avec autrui – l’art de vivre ignatien »

a. Textes d’Ignace de Loyola

1. Si les relations et les conversations avec beaucoup de gens, en vue de leur salut et de leur profit spirituel, permettent, Dieu aidant, un profit substantiel, ce genre de relations peut au contraire, si nous ne sommes pas vigilants et si l’aide de notre Seigneur nous manque, nous causer un sérieux préjudice ainsi qu’à tous. Comme notre vocation ne nous permet pas de nous abstenir de ces relations avec autrui, plus nous serons avertis et guidés par quelque directive, plus nous avancerons tranquillement en notre Seigneur. Les quelques petits points qui suivent pourront, qu’on y retranche quelque chose ou qu’on y substitue autre chose du même genre, nous aider en notre Seigneur.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

2. Pour moi, si je dois parler, je serai lent, réfléchi, plein d’amour, surtout s’il s’agit de déterminer des questions dont traite ou puisse traiter le Concile.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

3. Lent à parler, je serai assidu à écouter et calme afin de pénétrer et de connaître les pensées, les sentiments et les volontés de ceux qui parlent, pour pouvoir mieux répondre ou ne rien dire.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

4. En traitant des questions du Concile ou d’autres, qu’on donne les raisons des points de vue opposées, pour ne pas avoir l’air de tenir à son propre jugement et en s’efforçant de ne laisser personne mécontent.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

5. Je ne produirai comme autorité aucune personne, surtout d’un rang élevé, sauf en des questions mûrement examinées ; je m’adapterai à tus sans me passionner pour personne.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

6. Si la question débattue est si justement exprimée qu’on ne puisse ni ne doive se taire, on donnera alors son avis avec toute la tranquillité et l’humilité possibles et l’on conclura : sauf votre meilleur avis.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

7. Enfin, s’il s’agit de relations et de conversations sur des matières de doctrine acquise ou infuse et que l’on veuille en parler, il sera très précieux de ne pas considérer mon loisir ou le manque de temps qui me presse, en d’autres termes ma commodité. Mais je me réglerai sur la commodité et la situation de mon interlocuteur afin de l’entraîner pour la plus grande gloire de Dieu.
Ignace de Loyola : Instruction pour les compagnons envoyés à Trente (1546)

b. Textes d’auteurs contemporains

« L’idée m’est venue d’expliquer la méthode que j’utilise et que je recommande chaudement à chacun qui viendra après moi. Il s’agit d’une manière de faire où je reconnais tout ce qui il y a de vrai dans le point de vue de l’autre jusqu’au dernier détail, jusqu’au point sur le i. C’est d’abord pour moi une exigence d’honnêteté intellectuelle. Mais je considère aussi que c’est la manière de faire la plus adaptée du point de vue de la méthode et celle qui promet le plus de succès.
D’où les fausses doctrines tirent-elles leur pouvoir de séduction ? N’est-ce pas de la part de vérité qu’elles contiennent ? Et si je montre à mon adversaire dans la discussion que je connais ces éléments de vérité, que je les partage avec lui, il sait du même coup que je l’ai compris et que j’ai le désir de bien le comprendre. Du coup, je gagne déjà sa sympathie et sa disponibilité à bien me comprendre à son tour et nous en arrivons à une vraie conversation plutôt qu’à un dialogue de sourds dans lequel chacun comprend autre chose avec les termes qu’il utilise et dans lequel on croit partager la même opinion, alors qu’en vérité, on est très loin l’un de l’autre ou, à l’inverse, où l’on croit être en dispute l’un avec l’autre alors qu’en réalité, on est exactement du même avis. »
Oswald von Nell Breuning s.j., Discours de remerciement lors de son 100e anniversaire,
cité dans Willy Lambert, Die Kunst der Kommunikation, p. 76-77 ; traduction : J. Birsens)

« Depuis que nous sommes conversation et savons nous écouter l’un l’autre. »
Hölderlin, poète allemand (1770-1843)

« Souvent, il suffit déjà d’écouter simplement un homme solitaire et renfermé en lui-même. Je sais que cela peut demander beaucoup de patience, voire de tolérance ; car certaines solitudes sont aussi de la faute du solitaire lui-même. Mais d’habitude, une telle patience vaut la peine : l’interlocuteur s’ouvre progressivement et nous récompense avec une confiance qui grandit ou même, avec de l’amitié. De plus, même si on n’en arrive pas là, on peut apprendre infiniment de choses dans chaque conversation où l’on ne parle pas tout le temps soi-même, mais où l’on écoute simplement.
Dans ma fonction, je peux souvent l’expérimenter par la négative. Combien de fois j’aimerais seulement participer à une manifestation et écouter les gens. Et puis les organisateurs m’obligent à prendre la parole à propos de leur thème et, si possible, de dire quelque chose de significatif. Mais comment aurais-je des idées significatives si l’on ne me donne pas la possibilité par avant d’écouter les soucis et problèmes des participants ? Je vous le conseille : ne jouez pas ce jeu ! Mettez-vous à l’écoute avant de porter un jugement ! Pour ma part, je vais toujours à nouveau revendiquer cette liberté. »
Roman Herzog, Président fédéral d’Allemagne, Discours de Noël 1995,
Cité dans : Willy Lambert, Die Kunst der Kommunikation, p. 93 ; trad. J. Birsens

« La patience est le long souffle de la passion. »
Eberhard Jüngel, théologien protestant (* 1934)

Dans les relations avec autrui, pour gagner l’attachement des grands ou des nobles, dans l’intention du plus grand service de Dieu notre Seigneur, considérer premièrement leur tempérament naturel pour se guider sur lui. Quelqu’un est-il colérique et parle-t-il avec vivacité et plaisir ? On essaiera de garder sa manière dans les rapports avec lui en parlant de choses bonnes et saintes, sans se montrer grave, flegmatique ou mélancolique. Ceux qui sont de nature frustes, lents à parler, graves et pesants dans leurs discours, on s’accommodera à leur manière de faire, parce que c’est ce qui leur plaît. Je me suis fait tout à tous (1 Co 9,22).
Il faut faire attention à ceci : Quelqu’un est-il de nature colérique et parle-t-il avec un autre colérique ? S’ils ne sont pas en tous points du même avis, on risque très fort que leur entretien aboutisse à des oppositions entre eux. Dès lors si quelqu’un se sait de caractère colérique, il doit prêter une attention toute particulière, même dans les détails, à ses entretiens avec autrui. Qu’il se tienne, autant que possible, sur ses gardes, en s’examinant, en se rappelant qu’il va souffrir, sans s’échauffer avec son interlocuteur, surtout s’il sait qu’il est malade. S’il s’agit de parler avec un flegmatique ou un mélancolique, le danger de désaccord provenant de paroles précipitées n’est pas si grand.
Ignace de Loyola, Ecrits, Instruction aux compagnons envoyés en Irlande, p. 666.

« Pour que celui qui donne les Exercices aussi bien que celui qui les reçoit y trouvent davantage d’aide et de profit, il faut présupposer
  que tout bon chrétien doit être plus enclin à sauver la proposition du prochain qu’à la condamner ;
  et s’il ne peut la sauver, qu’il s’enquière de la manière dont il la comprend
  et, s’il la comprend mal, qu’on le corrige avec amour.
  Si cela ne suffit pas, qu’on cherche tous les moyens appropriés pour que, la comprenant bien, il se sauve.

Ignace de Loyola, Exercices Spirituels, n°22, traduction du texte autographe par E. Gueydan s.j. en collab., DDB 1985, p.43.

c. Textes du Nouveau Testament :

Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Evangile selon St Marc 10,17-22

Moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte donc à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix.
Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.
Saint Paul aux Ephésiens 4,1-7

Oui, libre à l’égard de tous, je me suis fait l’esclave de tous afin d’en gagner le plus grand nombre possible. Et avec les Juifs, j’ai été comme un Juif, pour gagner les Juifs. Avec ceux qui sont sujets de la Loi, j’ai été comme un sujet de la Loi, moi qui ne le suis pas, pour gagner les sujets de la Loi. Avec les sans-loi, j’ai été comme un sans-loi, moi qui ne suis pas sans loi de Dieu, mais sous la loi du Christ, pour gagner les sans-loi. Avec les faibles, j’ai été faible, pour gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour y avoir part, moi aussi.
St Paul aux Corinthiens, 1 Corinthiens 9,19-23

Ils allèrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! » Jean répondit : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue.
Evangile selon St Jean 3,26-30

Arrive une femme de Samarie, qui venait puiser de l’eau. Jésus lui dit : « Donne-moi à boire. » – En effet, ses disciples étaient partis à la ville pour acheter des provisions. La Samaritaine lui dit : « Comment ! Toi, un Juif, tu me demandes à boire, à moi, une Samaritaine ? » – En effet, les Juifs ne fréquentent pas les Samaritains. Jésus lui répondit : « Si tu savais le don de Dieu et qui est celui qui te dit : “Donne-moi à boire”, c’est toi qui lui aurais demandé, et il t’aurait donné de l’eau vive. » (...)
Jésus lui répondit : « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif ; mais celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle. » La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi de cette eau, que je n’aie plus soif, et que je n’aie plus à venir ici pour puiser. »
Evangile selon St Jean 4,7-10 ; 13-15

[1Jésuite allemand, accompagnateur spirituel et longtemps assistant ecclésiastique de la CVX en Allemagne ; cf. Willi Lambert, Die Kunst der Kommunikation. Entdeckungen mit Ignatius von Loyola, Herder, Freiburg-Basel-Wien, Neuausgabe 2006.

Josy BIRSENS sj
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