Quelques données objectives :
– pour situer la proposition du Gouvernement (luxembourgeois) tendant à réduire l’aide sociale des demandeurs d’asile
– pour éclairer le débat actuel autour de cette question
1. Durant l’année 2011, 2164 personnes ont demandé l’asile au Luxembourg, les années précédentes il s’agissait « seulement » de quelques centaines chaque année. Il est bon de se rappeler qu’entre 1992 et 1995 (guerre en Croatie et Bosnie-Herzégovine) environ 5 mille personnes furent accueillies au Luxembourg et entre 1998 et 1999 (conflit au Kosovo et bombardement de l’Otan), plus de 3 mille personnes bénéficièrent d’un refuge chez nous.
2. Le 19 décembre 2009 a été marqué pour la Serbie et la Macédoine par la levée de l’obligation de visas pour leurs citoyens se rendant en Europe. Les chiffres montrent que ¾ des demandeurs d’asile en 2011 proviennent de Serbie et de Macédoine, donc de personnes qui jusque-là étaient dans l’impossibilité de quitter leur pays.
3. Il s’agit essentiellement de personnes appartenant au groupe ethnique des Roms. Depuis l’éclatement de l’ancienne Yougoslavie leur situation s’est précarisée. Eux qui se trouvent traditionnellement au bas de l’échelle sociale, se voient en plus traités de collaborateurs des Serbes. Ils sont en grand nombre cantonnés dans les régions les moins développées du sud de la Serbie. Leurs itinéraires habituels furent détruits par la guerre et le morcellement de la région des Balkans du Sud-ouest.
4. Si au départ l’aide au retour au Kosovo , gérée par l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), organisme intergouvernemental, a constitué un certain attrait pour quelques cas isolés, les travailleurs sociaux de Caritas nous disent que l’attrait de l’argent n’est pas le motif majeur de leur demande d’asile. Qu’il s’agirait par contre de personnes, qui dans leur pays n’ont ni accès aux soins, ni accès à la justice. Malades chroniques, parents d’enfants à besoins particuliers, personnes maltraitées par leurs voisins sans recevoir la protection des forces de l’ordre.
5. Toujours selon les professionnels des services d’aide, seulement un petit nombre a, par la passé, demandé asile dans un autre pays européen.
6. Nos pays voisins sont aussi confrontés à une hausse des demandes d’asile :
– 45.741 Menschen haben im vergangenen Jahr versucht, in Deutschland Asyl zu bekommen. Ein Grund für den Anstieg der Zahlen ist ein Beschluss von 2009, nach dem die Visapflicht für Serbien und Mazedonien entfällt : Seitdem können die Bürger dieser Balkanstaaten frei einreisen. Beide Länder sind unter den zehn häufigsten Herkunftsstaaten der Asylsuchenden.
– En Belgique, 17.771 demandes d’asile furent enregistrées en 2011
7. Les Roms, un défi européen : dans le livre « le Conseil de l’Europe et les Roms 40 ans d’action » de Pierre Liégois, on peut lire « face à l’adversité de ceux qui l’entourent, la seule possibilité pour un Rom est d’aller voir plus loin si l’accueil y est meilleur. » La lecture de ce livre et d’autres encore comme « Les Gitans », de Marc Bordigoni, dans la collection « idées reçues » permet de mieux connaître l’histoire de ce peuple sans territoire, de mieux comprendre sa façon de vivre aussi. Les déclarations de bonnes intentions en vue d’une intégration harmonieuse sont légion, encore faut-il les mettre en pratique. Et cela n’est pas évident, ni pour les Roms, ni pour nous, les Gadjé !
Il est permis de douter de la justesse d’une mesure médiatique qui divise l’aide sociale pour demandeurs d’asile par quatre, pour la réduire à 25,- euros par mois. Avec ce montant un niveau de vie adéquat d’une personne n’est plus garanti. L’Evangile et l’Eglise nous appellent à inventer ensemble d’autres réponses
Les membres du Groupe ignatien sur la migration (GIM) *)
Vincent Klein SJ
Bernadette Grosch
Romain Kremer
Madeleine Selves
Agnès Rausch
février 2012
*) Le groupe ignatien sur la migration est un joint venture entre la CVX et les Jésuites du Luxembourg. Ses objectifs : Sensibiliser, informer, accompagner